Le marron. 30 septembre
Le kiosque allait fermé. Il restait quelques journaux invendus. Leurs Unes additionnaient des faits crapuleux, des discours alarmistes, des propos racistes, des attaques violentes, des images de bombes et de morts. Dans son français fortement doté d'un accent de l'Est, le vendeur m'a rendu la monnaie puis en remerciant, il a ajouté "ça ne va pas bien n'est ce pas, comment dites vous...vous n'avez pas le coeur à rire ? ". Au dessus du kiosque, un large marronnier coiffait le banc public et la largeur du trottoir. Les bogues hérissées de piquants étaient éventrées. Ouvertes elles avaient laissé échapper le marron, le fruit, la châtaigne particulière. Il luisait, comme vernis ou ciré en tout cas poli au point d'espérer une paume accueillante qui saurait caresser l'enveloppe sombre et cependant joyeusement disponible. Un marron célèbre la beauté de l'automne, s'ajoutant aux couleurs des feuilles tombées, larges flaques ocres que l'on peinait à dessiner autrefois à l'école.
Avec ce marron emprunté, adopté comme porte bonheur et conservé en main, quelques pas plus loin, la remarque du kiosquier m'est revenue. Le coeur à rire ? certes non si j'énumère les conflits, la Dette en augmentation, le prix des denrées alimentaires, les salaires bloqués, la mobilisation des lycéens, les reportages à Kiev sous les bombes, les appels aux dons pour le Soudan, Gaza ou le Liban sud...Et cependant il faut aimer ce monde dont nous sommes parties vivantes. Le dérèglement climatique oblige à tout reconsidérer. A exiger partout que l'on prenne des décisions sociales ou économiques tenant compte du réchauffement général de la planète dû à nos activités humaines polluantes.
A chaque automne j'ai pris l'habitude de recueillir un marron où que je me trouve. Un moyen de conserver par-devers soi quelque chose de concret rappelant ce que la nature produit.
Il est probable que d'ici la fin de cette année le champ politique soit violent, ponctué de révélations, d'accusations, de vrais ou de fausses nouvelles, il est avéré que ce sont des périodes où les coups tordus sont permis, encouragés. La vraie nature des camps en présence ressort. Déjà les propos de Mme Le Pen ressemblent à une veillée militaire, 'le kevlar' (fibre synthétique pour vêtements confrontés aux assauts militaires) qu'elle prédit comme armure sonne tel un appel aux armes.
ll faut en matière d'informations toujours faire preuve de prudence et de patience afin de préserver le temps de la vérification des faits. Ce que vient de publier Médiapart n'est pas un détail. C'est une confirmation des origines du parti d'extreme droite. Le pire est qu'il n'est pas certain que cela fasse bouger l'électorat tant celui-ci semble banaliser la xénophobie en général.
Le marron est rond, sensuel, érotique, il roule et glisse en objet de malice. Le marron peut apporter au coeur nostalgique quelque réconfort suave et doux bienvenue dans la marée agressive, désordonnée, qui, déjà, frappe l'air ambiant.