Foule. 27 septembre
Les foules se répètent, s'accumulent, pressent par grappes ou longues files des corps et des esprits dont la plupart confieront qu'ils ou elles ont eu peur des 'mouvements de foule' justement. Malgré cela la foule attire, aimante, fascine au point que l'on peut aller voir des foules, voir ce que c'est un engouement, une ferveur, un militantisme, un fanatisme. Toutes les foules supposent une passion, un désir, une croyance, une envie, un besoin. Foule très disciplinée pour le Pape, foule bariolée pour les victoires sportives, pour Céline Dion, les soldes, les combats politiques ou syndicaux, foule spontanée plus rare , foule muée en révolte plus grave.
Se perdre dans la foule est une sorte d'ivresse, une noyade volontaire satisfaite par le bruit, les rires, les prières, les Ola, les Olés, les chants de gloire et les hymnes nationaux. Il y avait foule est une réponse aux inquiétudes, à la question, alors ça a marché, oui il y avait foule et du coup je suis demeurée en retrait. D'ailleurs on ne pouvait rien voir. Trop de monde et des flics partout. J'en connais qui vont au plus près mais qui ne se mêlent pas, d'autres qui se réfugient devant leurs téléviseurs pour assister aux déferlements populaires, aux multitudes qui protestent comme aux foules qui célèbrent. "la foule est terrible quand elle est sans crainte" Spinoza avertissait de la force d'une foule se libérant d'un joug.
On y va parce qu'on la foi, parce qu'on y croit, on y va par curiosité et pour vivre ça, pour ne pas rester ignorant des émotions collectives. Questionner les membres de cette euphorie globalisante, c'est recueillir des rires et des déclarations d'enthousiasme assez lapidaire ou bien des certitudes militantes lyriques. Ne pas se moquer de ces foules qui transforment un moment, des rues, un centre ville, des stades en vaste spectacle, c'est même rassurant de constater que tous les commentaires sur une société d'individus singuliers repliés sur eux mêmes, peut, d'un coup, pour des raisons diverses et parfois triviales, devenir un ensemble cohérent fait de personnalités si différentes.
La musique de l'argentin Angel Cabra conjuguée aux paroles adaptées de Michel Rivgauche, le tout interprété par Edith Piaf, outre qu'elle narre une rencontre éphémère évoque si bien la foule..." emportés par la foule qui nous traine, nous entraîne...écrasés l'un contre l'autre...emportés par la foule qui nous traine nous entraîne ...nous éloigne l'un de l'autre.."
Et dans une foule un enfant à califourchon sur les épaules de son père agite un petit drapeau dont il ne sait pas la signification mais il le fait parce que les autres le font et que soudain il se sent aussi important et même plus peut être que quiconque.