Années Lycées. 3 octobre
Quelques verres plus tard, whisky, vin rouge, limoncello (peu importe mettez y la liste de vos envies) nous avons parlé de nos années lycées, des jours de rêves, des moments de grandes gueules, des choix d'amours et de révolte, des idées de révolution. Puis nous avons fracturé nos tiroirs de mémoires pour ressortir les restes, les anecdotes, les émotions conservées de ces années là. Privilège de l'âge il subsiste de belles choses d'une vie qui est passée trop vite. Croire et se battre pour que le monde autour de soi se transforme, prendre la parole au nom de causes aujourd'hui désormais acquises, mais justement, parce qu'à ce moment là elles ne l'étaient pas, affronter les vieux, les grands, les possédants et les détenants des pouvoirs avec la fougue de la conviction contre l'épaisseur des certitudes.
Les images d'aujourd'hui renouvellent celles d'hier, sauf que la configuration numérique a tout modifié, sauf que la théorie d'action policière est devenue celle d'un affrontement guerrier, violent, inégal, incroyablement répressif.
Planqué dans nos entrelacs intimes, l'engagement de jeunesse quand il nous revient en boomerang, en observant et en écoutant les propos des lycéens étudiants, hommes femmes, ne peut que trouver de vastes similitudes avec ce qui se dit, s'entend, réfléchit au présent. Le nier, s'arcbouter sur des cas de casseurs n'est qu'un prétexte. La société est en mauvais état, trop riche, trop pauvre, trop mensongère sur l'avenir, si peu volontaire pour transformer les manières de vivre alors que la terre brûle, fond, se creuse en ruées diluviennes, sourdes aux alertes scientifiques.
Ils ne sont pas alarmistes, ils sont actifs, bagarreurs pour que les choses soient meilleures, plus solidaires, mieux attachées à l'histoire qu'ils connaissent fort bien d'une nation créole, construite aux prix de libertés sanglantes, d'émeutes idéalistes. La génération en mouvement n'est pas à réduire aux poubelles qui flambent et aux lacrymos des forces ressemblant à des robots carapaçonnés et serviles, qui blessent, elle est la suite d'une série de générations qui à chaque fois ont tenté de bousculer l'ordre, d'y mettre du désordre pour installer une manière différente de vivre, d'étudier, de se soigner, d'apprendre, d'aimer et de rire qui invente, qui espère. Aujourd'hui où que soient les établissements scolaires et leurs occupants réfractaires, il se fabrique des années lycées fondatrices, forcément dérangeantes, donc, respectables.