6 euros 20. 1er octobre

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D'abord on attend. Les bras lourds des deux paniers de plastique noir où regorgent des achats alimentaires, des achats domestiques. On attend et on regarde ce qui se passe sur le tapis. La bande roulante de la caisse ouverte parmi d'autres causes ouvertes. Il est dix huit heures. Il y a du monde, des gens pressés, des familles encombrées, des couples tout juste sortis de leur lieu de travail, des étrangers cherchant une indication en anglais, des personnes âgées, des groupes de jeunes les bras chargés de coca cola et de biscuits.

Devant, une personne place quatre bananes précédemment pesées et un emballage plastique dans lequel on aperçoit une tranche d'ananas.

Six euros 20 s'inscrivent sur le cadran aussitôt relayés par la voix de la caissière.

C'est beaucoup, non !?

La personne ne se plaint pas, elle constate, elle dit ce qu'elle sait, elle peut comparer avec les mois précédents, les années aussi. C'est beaucoup, non!, cela signifie un étonnement, un embarras, un probable renoncement à venir.

L'inflation, la hausse des prix, le coût de la vie, le coût pour simplement se nourrir tout est dans cette remarque entendue. Bien sûr six euros vingt c'est pas grand chose, bien sûr on peut se passer de l'ananas ou des bananes, bien sûr. Mais ce qui devient courant c'est l'hésitation devant les étals de produits frais. Les étiquettes imposent le réflexe de ne pas automatiquement choisir ce dont on a envie ou ce qui était devenu une habitude. Les petites privations en elles-mêmes ne sont pas graves mais additionnées elles créent un sentiment de déclassement. C'est vrai pour les pommes de terre comme pour le jambon, les pâtes comme les poires...Dans le quotidien les possibilités sont réduites aux supermarchés de proximité. Les marchés de producteurs ne sont guère plus accessibles aux revenus modestes. La composition des repas changent, rapportent des études sociales. Les parts sont réduites. Ce que l'on appelle la précarité s'étend selon des ONG tel ATD Quart Monde. Et le moral des ménages, expression vintage d'un vieux classement statistique n'est pas florissant.

Chacun, chacune peut comprendre les hausses appliquées par des agriculteurs, des maraichers confrontés à d'autres hausses de produits nécessaires, mais c'est entre eux et nous, que cela devient opaque et toutes les explications des centrales d'achats ou des magasins type Leclerc n'empêchent pas de penser que certains se 'sucrent' aux dépens des consommateurs.